Le BURUNDI

       Un si beau pays des tropiques d'altitude mais dans un gouffre socio-économique de plus en plus  profond qui ne cesse de se creuser.

Un retour après 40 ans (1982-1987)

Quelques chiffres et commentaires

Un IDH de 0,439 : ce qui classe le pays en 186e position sur 191 pays.

1985 : population totale : 5 millions d'habitants
2016 : 14 millions d'habitants (multiplié par 2,8)
Bujumbura la capitale, en 1985 : 200 000 habitants
                                      en 2026 : 1,3 millions d'habitants (multiplié par 6,5)

Une économie de plus en plus défaillante et corrompue.
En 1985 (période Bagaza), le pays exportait 35 000 tonnes de café, aujoud'hui 10 000 tonnes. Les caféiers sont mal entretenus ou abandonnés. L'argent du marché qui devrait aller aux producteurs va dans la poche des intermédiaires ou des notables, au gouvernement (corruption à l'exportation) d'où le désintérêt des producteurs.

Coût de la vie

Il faut d'abord donner le cours de la monnaie burundaise.
 Au change officiel 1 euro = 3500 F Bu
Au change libre "dans la rue", 1 euro = 6500 F Bu donc tout est calculé par rapport au change libre.

Salaire moyen en ville : entre 70 à 100 euros/mois. L'employé à plein temps de l'hôtel 4 étoiles où je résidais à Buja' gagne 400 000 F Bu/mois ou 61 euros. Mais à Bujumbura, 1 sac de charbon de bois coûte entre 18 et 20 euros (un foyer de 5 personnes, les parents et trois enfants consomment en moyenne un sac de charbon de bois - voir photo - en 20 jours). Nous reviendrons plus loin sur les prix et le problème du charbon de bois.

Dans les villes et autres villages, un journalier agricole, qui attend chaque matin, sur une place, son embauche par un paysan, gagne 10 000 F Bu/jour ou 1,5 euros ! ... une bière coûte au village 5 000 F Bu !

Etant donné les faibles salaires et le coût de la vie, les intellectuels quittent le pays dès qu'ils en ont l'opportunité.

De notre époque, à la Faculté d'Agronomie (Université de Bujumbura) (coopération 1976-1996), de nombreux ingénieurs formés ont quitté le Burundi pour des organismes internationaux, certains sont dans l'enseignement ou la recherche universitaire en Belgique.

En médecine, on estime qu'actuellement, environ 300 médecins burundais exercent en France dont envrion 100 partis après 2019 ... quand on pense qu'un jeune médecin généraliste sortant de la Faculté, est embauché à l'hôpital public à 80 euros/mois ! Pour les autres pays européens, les USA et le Canada, les chiffres ne sont pas connus mais on peut imaginer qu'il y en a aussi beaucoup dont la Belgique étant donné l'histoire qui les lie à ce pays.

Le cas du charbon de bois

Il y a quelques années, le sac valait 25 000 F Bu en brousse (environ 4 euros) et à Bujumbura 85 000 F Bu (environ 13 euros). Aujourd'hui, les prix explosent ! Pourquoi ? Par le passé, les pommes de terre étaient importées du Rwanda. Aujourd'hui, avec l'explosion démographique et une consommation de plus en plus de frites (qui remplacent le manioc ou la banane), la pomme de terre est devenue un marché porteur de plus en plus rentable pour le producteur et le revendeur. Or, la pression sur la terre est de plus en plus forte. Comment augmenter les surfaces agricoles ? Le discours politique (y compris le Président de la République) est le suivant ... pour avoir des surfaces où cultiver la pomme de terre, défrichez les parcelles d'eucalyptus ! Or l'eucalyptus sert de bois de feu, à faire du charbon de bois et du bois d'oeuvre !! D'où la quantité disponible de bois d'eucalyptus est-elle en diminution constante ... et les prix du charbon de bois flambent ... et l'érosion progresse ! Ce sont toutes des parcelles en pente et non protégées.

Aujourd'hui, en brousse  le sac se négocie à 11 ou 12 euros (85 000 F Bu) et à Buja' jusqu'à 20 euros (130 000 F Bu) et les coûts riquent fort d'augmenter encore ... jusqu'à une manifestation publique qui risque malheureusement de se terminer par un affrontement avec victimes.

La seule énergie disponible pour faire bouillir la marmite est le bois dans les campagnes et le charbon de bois dans les villes à la seule exception du gaz en bouteille pour les très hauts revenus et quelques hôtels et restaurants de classe.

Géopolitique régionale

Actuellement, plusieurs bataillons de l'armée burundaise opèrent dans la partie Est du Congo au côté de l'armée congolaise contre les rebelles du M23 soutenus par le Rwanda. Que faire ? Le Congo paie sa participation au Burundi mais la question est de savoir quelle somme est échue à l'armée burundaise et quelle partie arrive dans les poches de la "nomenclatura" burundaise ?

Aussi cette participation est-elle de plus en plus critiquée par la population, qui est contre cette intervention hors de ses frontières à cause du coût probable (puisque les tractations sont occultes) et les morts burundais, on estime aujourd'hui à 1 500 soldats morts sinon  plus. Une nouvelle rébellion pourrait voir le jour.

Toujours concernant l'Est du Congo (du Katanga à l'Uele), le Rwanda et le Burundi interviennent dans l'exploitation frauduleuse des richesses minérales, particulièrement au Kivu pour l'or et le coltan. Selon certains avis, les royalties de ces richesses exportées par le Rwanda (président Paul Kagamé) serviraient à poursuivre le développement du pays (infrastructures routières, écoles, centres de santé, etc.) tandis que celles acquises par le Burundi seraient entièrement redistribuées aux hautes autorités du pays ...

Corruption, sous-développement, explosion démographique, pauvreté récurrente, dégradation de l'environnement ... une répétition ennuyeuse et monotone qui n'est pas prête de disparaître.

Près de Teza (alt. vers 2 200 m ) devant un front de carrière, 
avec l'ing. agronome Frédéric Ntagunama, ancien  de la FACAGRO,
 directeur d'Agriconsult-Bujumbura.

Paysage typique du Mumirwa, à climat tropical d'altitude. 
Alt. entre 2 000 et 2 400 m.

Bas-fond rizicole vers Ngozi, région du Buyenzi.
Alt. moyenne 1600 m.

A la sortie de Ngozi, toutes les pentes sont cultivées et sujettes
 à une forte érosion à la saison des pluies. 

Nouveau dans le paysage local : la pisciculture qui consiste à combiner l'élevage des poissons - un bassin d'eau - à celui des poules, un poulailler au-dessus du bassin - utilisant les fientes des volailles comme source de nutriments pour les poissons. Ces fientes favorisent la croissance du phytoplancton et du zooplancton et permet de réduire le coût de l'alimentation des poissons.

Le long d'une route vers Kayanza (Buyenzi), vente de sacs de charbon de bois. Ce commerce n'est pas spécifique du Burundi mais existe pratiquement  dans toute l'Afrique subsaharienne.



Limoges le 26/04/2026








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